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« On fait que rassembler des mots pour être mieux avec ce qui est là parce qu’on a eu les yeux dans la couleur, à cause de quelqu’un qui t’a ouvert une porte et qui attend. »

James Sacré, Viens dit quelqu’un.

 

James Sacré explique comment «faire » un livre de poèmes :

« On fait que rassembler des mots pour être mieux avec ce qui est là parce qu’on a eu les yeux dans la couleur, à cause de quelqu’un qui t’a ouvert une porte et qui attend. »

La raison de ce que nous faisons se trouve-t-elle uniquement parce ce que quelqu’un attend. Il n’attend pas devant une porte fermée mais une porte ouverte. Elle pourrait se trouver entre ouverte, le poète ne le précise pas.

Un enfant ouvre sa boite de crayons de couleur et dessine sur une feuille un dessin. Il n’a qu’une vague idée de comment il doit procéder. Un arbre, une maison, un soleil, son chien qui se jette dans l’eau de la rivière, le vent, peu importe si cela est ressemblant ou pas. Il utilise toutes les couleurs, le vert pour l’arbre, le rouge pour le toit de la maison, le jaune pour le soleil, son chien sera brun et la rivière bleue quant au vent, il ressemblera aux nuages légèrement grisés. L’enfant a les yeux perdus dans les couleurs, sans le savoir il est pris par la poésie. Les mots, les couleurs, les notes de musique sont des particules de poésie, rassemblées elles se transforment en poèmes, tableaux et partitions musicales.

Parce que le désir de l’enfant ou de l’adulte est de se sentir mieux avec ce qui est là. C’est immense ce qui est là, autour de soi. Cette étendue n’en finit pas sans parler de ce qui se cache dessous, les profondeurs. Des couloirs obscurs se déplacent, poussés par le vent à la surface du là, jusqu’à la limite dessinée par l’horizon qui se trouve gommé par toutes ces ombres qui se fracassent juste avant l’au-delà.

Il faut rassembler beaucoup de mots pour habiter le là et parce qu’à force de garder les yeux dans la couleur, on ressent une sorte d’éblouissement. Pourquoi tant regarder la couleur au risque de disparaitre dedans, c’est sans doute que derrière on devine une voix ou une porte ouverte. Oui forcément ouverte car si elle était fermée, nulle voix ne serait audible. Le poète non seulement imagine une porte mais aussi quelqu’un, une personne qui attendrait. Un gardien, un portier, un ouvreur de porte, un agent de sécurité. Porte-t-il costume et cravate, un uniforme, une armure, un déguisement, un pantalon troué et une chemise tâchée. A qui ressemble l’homme qui attend, une main sur la poignée, bien droit, le regard posé sur l’autre côté de la couleur. Voici beaucoup de mystères pour un enfant et pour un homme. Les mystères sont aussi dans le livre de poésie que nous écrivons. L’homme qui attend le sait bien quand nous, nous ne savons rien.

Un livre de poèmes est rempli de mots par celui qui veut se sentir bien, après s’être égaré dans une couleur. Ce que le poète ne sait peut-être pas toujours, c’est que dans le ventre de son livre un homme attend devant la porte ouverte.

Et que son livre est un puits.

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